Jeune femme de 41 ans, mariée, Maman de 3 enfants de 11, 8 et 4 ans, j'aime la photo, la nature, les voyages, la vie tout simplement... et tellement plus encore... Partagez ici mon quotidien, mes coups de coeur et mes coups de gueule !
Dans quelques jours mon fils aura 6 ans. Bien évidemment sa naissance reste un des plus beaux jours de ma vie. Mais je me rends compte aujourd'hui à quel point les jours qui l'auront suivi, ainsi que quelques autres événements liés, m'auront laissé un traumatisme.
Je vous raconte, le plus succintement possible. Cela n'est pas forcément aisé pour moi, puisqu'on peut difficilement se détacher des affects.
Le terme de ma grossesse était prévu un 20 octobre. Le 21octobre à une heure du matin, je perdais les eaux et à 03 h 34, j'accouchais de mon petit garçon un an jour pour jour après ma fausse-couche ! Non, je ne crois pas au hasard !). C'était en plein week-end, le personnel de l'hôpital était en grève. Lorsque je suis arrivée à la maternité, les contractions étaient tellement fortes déjà que je tenais à peine debout. On m'a fait patienter, avant de trouver quelqu'un pour m'examiner, puis on m'a dit que j'avais le temps. J'étais pour ma part au bord de l'évanouissement et la douleur était si forte que je rendais de la bile (Glam quand tu nous tiens !).
Ils ont donc fini par se rendre compte que vu la force des contractions, l'accouchement était imminent et qu'il fallait m'installer. Moi qui n'était pas spécialement pour, je suppliais qu'on me fasse la péridurale.
On m'a donc fait patienter, pour finalement m'annoncer que ce ne serait pas possible car au vu de la grève, aucun anésthésiste n'était disponible !
J'ai donc accouché avec une sage-femme et une étudiante. Apparemment il y a eu un problème (et ça je ne l'ai appris que plus tard) car mon fils se présentait de telle façon (bras tendu le long du visage à la superman) que la présence d'un médecin aurait été nécessaire afin d'effectuer une manipulation de torsion pour l'aider à sortir.
Malheureusement c'est la sage-femme qui a dû se débrouiller seule et qui, bien qu'elle ait fait de son mieux, ne maîtrisait pas parfaitement cette manipulation. Mon fils est donc sorti violacé et ne respirait pas. Il avait avalé énormément de liquide amniotique. Ca aussi je l'ai appris que bien plus tard, quand mon mari me l'a raconté et qu'il m'a avoué qu'il a cru qu'il était mort-né ! Moi je n'étais plus très lucide, juste soulagée que "ça soit terminé". Je n'imaginais même pas un quelconque problème. On l'a donc emmené très vite, on me l'a ramené tout aussi vite pour que je le vois et on l'a aussitôt remmené ! Un moment plus tard il est revenu à mes côtés, en couveuse ? On m'a dit que comme l'accouchement avait été violent pour lui il avait eu quelques difficultés à respirer et qu'on le laissait un petit moment là pour qu'il récupère. Soit ! Toujours pas de peau à peau, ni de tétée de bienvenue... Je prenais sur moi, me disant que son bien être était primordial. Je faisais confiance au personnel.
Et puis brusquement on m'a annoncé qu'on allait le transférer en néonatalogie afin de surveiller ses problèmes respiratoires. Un peu en panique, je demandais comment faire pour être avec lui, combien de temps cela allait durer, que je voulais l'allaiter. On m'a répondu que c'était pour quelques heures et que malheureusement je ne pouvais rester avec lui car il n'y avait pas de chambre pour moi mais que je pourrais lui rendre visite ! J'ai donc ravalé mes larmes, me suis installée dans ma chambre et suis allée le voir, en fauteuil roulant car j'étais vraiment faible. Ma chambre était au 4ème étage, lui était au 7ème. Et là, j'ai découvert l'univers de la néonat. Mon petit garçon, à terme, pesant 3 Kg 800, se retrouvait dans son petit berceau, branché de partout, avec des bips permanents, à côté des berceaux de deux grands prématurés. Je ne pouvais que difficilement le prendre dans mes bras, câblé de partout qu'il était. Pour accélérer un peu le récit, mon fils est resté 7 jours dans ce service. A ce jour, je n'ai toujours pas compris. Sept interminables journées passées à faire des allers retours entre les étages de jour comme de nuit, à tirer mon lait 6 à 8 fois par jour pour qu'on lui donne. Sept jours à attendre qu'on m'appelle pour le mettre au sein. Sept jours à batailler pour qu'on lui enlève sa sonde gastrique, expliquant que si on le gavait artificiellement, il ne pourrait pas avoir faim pour s'alimenter normalement. 7 jours à subir les incohérences de discours du personnel soignant ("Oh là il va s'étouffer, il faut l'aspirer" et "non surtout pas, c'est trop invasif, il se débrouille très bien votre fils"). 7 jours où à plusieurs reprises on ne m'a pas appelée pour essayer de le nourrir, où après trois-quatre heures sans nouvelles je montais de ma propre initiative et où on m'apprenait qu'on venait de le nourrir, où j'ai constaté qu'on ne lui donnait pas mon lait qu'on avait réservé pour les prémas (là je vous le dit ça a bardé !). 7 jours à devoir voir sa grande soeur (qui n'avait que 3 ans alors) entre deux portes pour ne pas lui infliger de trop l'univers pesant et aseptisé de la néonat.
Une semaine qui m'en a paru trois ou quatre. Une semaine sans sortir à l'air. Et puis au 5ème jour, alors qu'il avait enfin commencé à téter normalement la veille (merci à cette merveilleuse sage-femme qui m'a redonné confiance car je n'y croyais plus), on m'a annoncé que nous pourrions sortir l'après-midi. Branle-bas de combat, ma valise était faite dans le quart d'heure, mon mari prévenu dans la minute. J'avais l'impression de jouer le remake de l'évasion dans "Prison break".
Et voilà qu'un petit moment après une pédiatre est arrivée dans ma chambre, s'est assise sur mon lit, pour m'annoncer que finalement ils avaient discuté en équipe une nouvelle fois et qu'ils pensaient que c'était plus prudent que nous restions encore un peu, le temps qu'il reprenne du poids. La terre s'effondrait sous mes pieds ! Je tentais de négocier, en pleurs, que je le ramènerais tous les jours s'il le fallait pour le peser, mais que je devais sortir, que mon mari allait arriver, que ma fille m'attendait à la maison. Ce fut niet ! Dans leur grande clémence, ils m'autorisaient à me promener dans l'enceinte de l'hôpital avec lui.
Encore deux longues journées, le moral dans les chaussettes, à stresser à chaque pesée. Je précise qu'à ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi nous sommes restés aussi longtemps en néonat. Mon gynéco a tenté de se renseigner a postériori. Le compte-rendu d'hospitalisation est très succinct : Il évoque de simples "problèmes respiratoires".
Mais mon calvaire n'était pas terminé. Lors de l'examen de sortie, on m'a annoncé subitement qu'il avait vraisemblablement un RGO (Reflux Gastro Oesophagien), qu'il fallait donc acheter un matelas incliné à 45 degrés, faute de quoi il risquait de s'étouffer dans son sommeil, et lui donner un traitement médicamenteux 15 mn avant chaque tétée. (Avez-vous déjà vu un bébé se réveillant et hurlant de faim patienter 15 mn ?). Pour l'anecdote on m'a aussi prescrit un médicament qu'il est interdit de donner aux bébés de moins de six mois. Heureusement qu'un 6ème sens m'avait poussé à lire la notice. Vraisemblablement, le pédiatre de garde aurait confondu deux médicaments ! Tout va bien... Bref, on a acheté ce truc, on a mis une croix sur le joli couffin à côté de notre lit, on a déménagé son lit à barreau dans la chambre d'amis et on s'y est installés aussi. Autant vous dire qu'après m'avoir mis en tête qu'il pouvait s'étouffer pendant son sommeil, je ne dormais guère, à l'affût de chaque respiration. Et ce matelas était tellement anti-naturel, tellement inconfortable pour lui, il était sanglé dans des scratchs à Velcro qui faisaient un bruit horrible et qui forcément le réveillaient alors que j'aurais juste voulu le déposer endormi dans son lit après la tétée. En plus, il ne régurgitait jamais. Alors j'ai écouté mon instinct de maman, j'ai enlevé ce plan incliné, j'ai arrêté le traitement pour le RGO. Et il allait beaucoup mieux. Quinze jours plus tard, mon pédiatre me félicitait et après m'avoir bien questionné et l'avoir examiné me confirmé qu'il ne souffrait en aucun cas d'un RGO, mais par contre avait une immaturité de l'oesophage qui faisait que sa respiration était sifflante et qu'il avait une tendance à avaler de travers. Ouf ! Cela devait s'améliorer naturellement au plus tard vers ses 18 mois.
Sauf que vers ses trois mois, les soucis ont recommencés. A chaque tétée, au bout d'un petit moment, il semblait s'étouffer, avaler de travers. Il se mettait donc à hurler et ne voulait plus téter. Il perdait donc du poids. Je suis donc allé voir un pédiatre (le mien était absent), qui m'a envoyé consulter aux urgences. Là on m'a annoncé vers minuit, après quatre heures d'attente, qu'on allait le garder en observation. A nouveau, le sol se dérobait sous mes pieds. Toutes les émotions refoulées et liées à la précédente hospitalisation remontaient. J'étais en larmes, inconsolable. J'ai eu le droit, en prime, de me faire sermonner et de m'entendre dire "mais vous ne voulez pas le bien de votre enfant ?". Nous sommes restés quatre jours, où on le pesait avant et après chaque tétée (stress maximum, culpabilisation). Toujours pas de lit pour moi. On m'a proposé de dormir dans un fauteuil. J'ai expliqué que c'était impossible pour moi, que vu la pièce immense (nous étions seuls en plus), je pouvais amener un petit futon pour m'allonger et que je rangerais le matin. Non ! Raisons de sécurité. J'ai donc dormi, trois nuits, par terre, à même le sol, sur mon manteau ! Là, ça ne gênait personne. On a finalement fait une fibroscopie à mon fils (prévue à jeun à 7 h du matin, finalement faite à 11 h 30 !!!! Je vous laisse imaginer l'état de mon fils et mon état de nerfs à moi).
Et puis un grand ponte, très réputé, surement très calé techniquement, mais totalement inhumain, m'a annoncé de but en blanc que mon fils avait une "laryngomalacie" (cette immaturité de l'oesophage) et qu'il fallait de suite que je cesse de l'allaiter, me rajoutant que de toutes façons, il n'était pas bien épais (tiens prends ça dans les dents ! Mauvaise mère !) et qu'il fallait lui épaissir son lait presque comme une purée. Allez au revoir Madame. J'étais sonnée ! Abasourdie ! Tant d'inhumanité, d'absence d'écoute...
Il était hors de question que j'arrête d'allaiter. On a donc trouvé une solution, celle de tirer mon lait et de lui donner, épaissi, au biberon. Ca a été très dur, tant émotionellement pour moi, que concrètement pour lui, qui refusait le biberon. On s'y est finalement fait tous les deux et on a continué comme ça jusqu'à ses un an.
Aujourd'hui, tout cela est derrière comme on dit. Mon fils est grand, en pleine forme. Et, oui docteur, il est toujours très fin et pourtant cela fait cinq ans qu'il n'est plus allaité mais mange de bon appétit. C'est juste sa morphologie, voyez-vous. Pourtant je me rends compte que tout cela laisse des traces. Peu importe ce qu'il a, je suis beaucoup plus vite inquiète que pour ses soeurs. Un problème de vue ? Est ce que cela aurait un lien ? Sa morphologie ? Oui, je sais bien, mais s'il est tout fin , est ce que cela ne cacherait pas autre chose ? Pourquoi sa grippe ne passe-t-elle pas ? Même involontairement l'inconscient travaille... Quant à regarder un film, un reportage qui a trait à l'hospitalisation d'enfants, cela est difficilement supportable pour moi. Le plus difficile est de ne pas réellement comprendre ce qu'il a eu. Bien sur, me direz-vous, que devraient dire les parents dont l'enfant souffre d'une maladie grave ou incurable ? Je sais qu'on ne peut pas comparer ces situations. Mais aujourd'hui, ces deux hospitalisations, je m'en rends compte, m'ont laissé un réel traumatisme. Je pense que tout simplement des mots n'ont pas été mis sur les choses et que, au fond de moi, sans même que je m'en rende compte à l'époque, je doutais à chaque instant de savoir si son pronostic vital était engagé. Vous comprendrez aisément que pour ma petite dernière, j'ai changé de maternité. Aujourd'hui tout va bien, mais je garde une pensée compatissante pour ces parents contraints de vivre l'hospitalisation de leur enfant.