Jeune femme de 41 ans, mariée, Maman de 3 enfants de 11, 8 et 4 ans, j'aime la photo, la nature, les voyages, la vie tout simplement... et tellement plus encore... Partagez ici mon quotidien, mes coups de coeur et mes coups de gueule !
Il était une fois un enfant, qui vivait avec un fou. Au début, il croyait que c'était ça la normalité. Et puis, en grandissant, il s'est rendu compte que sa vie était bien différente de celle des enfants de son âge.
Le fou vivait la nuit et dormait le jour. Le jour, on en pouvait donc pas faire de ménage pour ne pas faire de bruit. La maison ressemblait peu à peu à un taudis. Le fou gardait tous les papiers qui s'entassaient, notait tout dans des carnets. Le jour, il fallait alors aussi chuchoter, ne surtout pas le réveiller, afin de ne pas entendre les cris. Les cris, on les entendait la nuit. Si ce n'étaient pas les cris, c'était les bruits des touches de la machine à écrire. Car le fou disait qu'il avait du travail, des choses importantes à faire. Mais le lendemain, à l'école, il fallait faire bonne figure, comme si de rien n'était.
A l'école, personne ne savait. L'enfant inventait une profession au fou. Jamais l'enfant ne pouvait inviter de camarades à la maison. L'enfant n'avait pas de chambre à lui. Il dormait dans un coin de la chambre de ses parents.
Quand l'enfant allait très rarement chez des amis, il découvrait des maisons calmes, rangées, harmonieuses. L'enfant se mettait alors à rêver que lui aussi un jour aurait une belle maison. Une maison où on rirait, où on pourrait parler, où on serait libres ! Car dans sa maison, on n'avait pas le droit de faire grand chose. Des corvées, oui ! Si on était inactifs, le fou disait qu'on était "en roue libre" et que c'était mal ! La télévision était interdite. Il n'y avait jamais de sorties, jamais de vacances. Chaque dessin avait un thème et devait lui être commenté.
Alors l'enfant se faisait discret. Obtempérait, pour que "ça se passe bien" ! L'enfant était excellent élève à l'école. Personne n'aurait pu imaginer... Son seul échappatoire était ses grands parents. Mais là aussi, il fallait se voir en cachette, à la sauvette ! Le fou ne le tolérait pas. Il insultait les dits grands-parents, leur demandait de quitter leur maison pour lui laisser de la place, à lui et à sa famille. Cela rendait l'enfant triste, il ne comprenait pas l'objet de cette haine gratuite !
Et un jour, l'enfant et sa famille ont été délivrés ! Le fou ne s'est plus du tout contrôlé à l'extérieur. Le fou fut interné. Enfin !
Petit à petit l'enfant et sa famille ont recommencé à vivre. A regarder la télévision, à profiter de la vie. L'enfant est parti en vacances, pour la première fois, lorsqu'il avait treize ans. C'était aussi la première fois qu'il voyait la mer !
Petit à petit, la maison a été débarrassée de son empreinte.
Aujourd'hui, l'enfant a grandi. Il n'a pas pardonné au fou de lui avoir volé une partie de son enfance. Dans un coin de sa tête, il a toujours peur que cela soit héréditaire ou que cela recommence d'une autre façon. Mais l'enfant, maintenant adulte, lutte pour que cela n'arrive pas, pour offrir une vie apaisée et insouciante à ses enfants, une vie d'honnêteté, de lumière.
Cet enfant c'était moi ! Le fou, c'était mon père.